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La
première guerre mondiale donna une importance nouvelle à la Vennbahn,
permettant l'acheminement massif de troupes vers le front occidental,
notamment vers la ceinture des forts de Liège. Pendant le conflit,
plusieurs lignes ont été construites afin de relier la
Vennbahn (et le très important camp militaire d'Elsenborn près de
Sourbrodt) à la ligne Liège - Luxembourg. St-Vith devint alors un noeud
ferroviaire très important avec la nouvelle ligne en direction de Gouvy
(Ligne 163), la Ligne 47a, en tronc commun avec la Vennbahn jusqu'à Born
où elle se détachait de celle-ci pour rejoindre la Ligne 42 à Vielsalm, la
Ligne 48 vers Aachen au nord et la Ligne 47, en tronc commun avec la 46 et
se détachant d'elle à Lommersweiler pour atteindre Troisvierges, première
gare luxembourgeoise sur le prolongement grand-ducal de la Ligne 42.
Après la
"Grande guerre", la Vennbahn et ses antennes seront toutes reprises par
l'état belge entre 1920 et 1921 et le trafic restera important jusqu'au
début des années '30, quand cessera le trafic des « charbons réparation »
et quand les trains de coke à destination du Sud Luxembourg seront
détournés par l' Eifelbahn. En 1934, la Ligne 48 sera remise à simple voie
pour ne plus connaître qu'un trafic local.
Au cours
de la seconde guerre mondiale, de nombreux ouvrages d'art seront détruits,
plusieurs tronçons de ligne ne seront pas refaits comme la Ligne 47a entre
Vielsalm et Born, la 47 de Lommersweiler à Reuland, le saut-de-mouton
permettant à la 163 de rejoindre la gare de St-Vith, etc.
A partir
du 8/10/1945, la SNCB reprit progressivement l'exploitation de la
Vennbahn, devenue à nouveau belge après la libération, avec une timide
desserte voyageurs de quelques tronçons, principalement avec des petits
autorails Brossel du
type
551, ainsi que quelques petites rames tractées par des locomotives à
vapeur des types 96 ou 97 (ex-T12 ou T14 prussiennes). Sur la Ligne 45a,
les dernières dessertes voyageurs eurent lieu entre Weywerts et Losheim
(qui fut incorporé au réseau de la SNCB de 1945 à 1958) le 17/05/1952; sur
la Ligne 45, entre Trois-Ponts et Waimes le 30/05/1959 (toutefois, le
service fut prolongé jusqu'à Katerherberg du 22/05/1955 à 1957), sur la
Ligne 46, entre Lommersweiler et Steinebrück le 17/05/1952; sur la Ligne
48, entre Kalterherberg et Weywerts et entre st-Vith et Lommersweiler le
17/05/1952, entre Weywerts et St-Vith le 16/10/1954; sur la Ligne 49,
entre Eupen et Raeren le 30/05/1959; enfin, entre Gouvy et Lommersweiler,
avec desserte de St-Vith depuis Wiesenbach, le 17/05/1952. Comme pour les
lignes non rétablies, les services qui n'étaient plus assurés par le rail
étaient reportés sur la route mais toujours organisés par la SNCB.
Le dernier
train à vapeur régulier du service marchandises a circulé sur la Vennbahn
le 20/05/1966 derrière la 81.155, une ex G8 prussienne. Raeren a été la
dernière gare du réseau belge à recevoir des machines à vapeur en service
régulier. Il s'agissait de l'ultime train caboteur tracté par une BR 50 du
dépôt de Stolberg. Il a fréquenté le petit bout de Vennbahn situé entre la
bifurcation de Walheim et Raeren, soit environ 8 Km, jusqu'en mars 1976.
Après
l'extinction de la vapeur, la Vennbahn ne connut plus qu'un seul train
caboteur tracté le plus souvent par une locomotive du type 250 (devenue
série 84 en 1971) et des trains militaires desservant le camp d'Elsenborn,
qui étaient déchargés à Sourbrodt. Lors de la
création
du camp, une liaison ferroviaire à voie de 60 cm, longue de 3,2 Km fut
construite afin de le relier à la gare de Sourbrodt. Elle fut démontée par
les allemands pendant la seconde guerre mondiale et ne fut pas rétablie.
Les trains
militaires venant de Raeren étaient tractés par des locomotives de la
série 55 affectées à la remise de Montzen, en simple ou en unité multiple,
parfois allégées par une locomotive de la série 84. C’était aussi une 84
de Montzen, équipée d’étraves chasse-neige, qui précédait le train lorsque
c'était nécessaire car la couche de neige pouvait atteindre 60 cm
d'épaisseur, plus même par endroits, au cours des hivers les plus
rigoureux.
Les
locomotives de la série 55 de Gouvy assuraient la traction des trains
militaires venant de Trois-Ponts, tandis que des locomotives de la série
82 de Gouvy se partageaient les caboteurs desservant Losheimergraben et
St-Vith, parfois en double traction. C'était le chasse-neige de Gouvy qui
officiait sur ces relations, avec une locomotive de la série 82.
Losheimergraben était la gare la plus élevée du réseau belge (609 mètres).
Au delà de cette gare, la voie culminait à 619,340 mètres au
passage de la frontière avec l'Allemagne. La gare était desservie par un
caboteur bihebdomadaire de la DB tracté le plus souvent par une
locomotive BR 215. C'est une locomotive BR 290 qui est venue avec le
dernier caboteur, le 8/10/1981. A cette date, le block de
Losheimergraben a été supprimé et le 12/10/1981, la SNCB était informée de
la décision unilatérale de la DB de supprimer "jusqu'à nouvel avis" le
trafic transfrontalier à destination de Losheimergraben. Le caboteur de
Trois-Ponts a continué d'y venir jusqu'au 24/09/1982.
A partir
du 01/10/1982, la desserte de Büllingen s'est faite au départ de Raeren
via Sourbrodt avec une locomotive de la série 84 de Montzen, puis une
locomotive de la série 55.
Les
dernières dessertes marchandises de St-Vith ont circulé le 23/09/1982 avec
deux locos de la série 82 en tête de neuf wagons d'engrais et le
28/09/1982 avec une 82 en tête de six wagons d'engrais. Le jour même,
cette dernière ramenait les quinze wagons à Trois-Ponts. Un train de
service venant de Verviers, via Trois-Ponts avec une loco de la série 92
en tête de 4 wagons plats, est allé à St-Vith le 10/01/1983 pour le
démontage du pont à peser. Le retour s'est déroulé le 17/01/1983. A Waimes,
la dernière desserte, au départ de Trois-Ponts, a circulé le 01/04/1983.
Six mois plus tard, la 9206 est retournée à Malmédy, le 10 octobre, avec
six wagons plats pour le démontage du pont à peser. Le retour s'est
effectué le 13/10/1983. Le démontage de la Ligne 48 entre Waimes et
St-Vith a été réalisé à l'automne de l'année 1986 au moyen de trains
tractés par une locomotive de la série 92.
Les
paysages traversés par la Vennbahn sont parmi les plus beaux que l'on
rencontre dans l'Est de la Belgique. En sortant des installations de la
gare de Raeren, la ligne traverse une grande forêt avant de traverser les
villages allemands de Roëtgen, Lammersdorf et Konzen. Ce sont des villages
pittoresques avec de
coquettes maisons blanches faites parfois de murs à colombages, souvent
entourées de hautes haies de hêtres qui les protègent du vent et de la
neige. Ils sont entourés de pâtures et séparés par des zones boisées
alternées parfois de petites fagnes. Ensuite, la voie s'approche de la
ville de Monschau, une des perles de l'Eifel, blottie dans l'étroite
vallée de la Rur, puis, à travers bois, elle rejoint la Belgique à
Kalterherberg. Au sortir de cette gare, la ligne traverse encore des
forêts d'épicéas avant de déboucher sur la fagne de Sourbrodt qu'elle va
traverser pour arriver en gare. Au delà de Sourbrodt, point culminant de
la Vennbahn avec son altitude de 562 mètres, la ligne traverse encore des
paysages bucoliques faits de bocages et de forêts qui se succèdes jusqu'à
St-Vith. Au sud de St-Vith, c'est la forêt qui domine.
On ne sera
pas étonné que dès 1980, des trains touristiques dénommés « Le fagnard »
ont
été
mis en marche pour parcourir les superbes lignes de la Vennbahn, organisés
par la SNCB. Ils étaient composés de voitures K ou M2 et tractés par une
ou deux locomotives de la série 55. Le GTF y organisa également, déjà dans
les années '70, des voyages touristiques avec des autorails de la série
49, puis 46. Tous ces trains ont connu un grand succès. Parmi les
premiers, le train du Millénaire de la ville de Liège, partit de Liège
Guillemins vers Welkenraedt, Raeren, Sourbrodt et St-Vith le 23/08/1980.
Le retour s'est effectué via Malmédy et Trois-Ponts. Cet itinéraire fut
utilisé jusqu'en 1981. Par la suite, la destination choisie fut Bütgenbach,
localité célèbre pour son lac artificiel et le centre de loisirs qui y est
associé. Bütgenbach est aussi très prisée des amateurs de chemins de fer
grâce au superbe viaduc en pierres à six arches qui précède l'arrivée en
gare. Après le train touristique du 16/08/1982, le retour s'effectuait par
le même itinéraire que l'aller, soit par Raeren. En 1984, deux trains ont
circulé. C'étaient des rames réversibles composées de voitures Ml tractées
par une locomotive de la série 60, en janvier avec la 6047 et en avril
avec la 6041.
Le trafic
marchandises a cessé, sur la section Raeren Sourbrodt le 30/06/89. Le
dernier caboteur à faire l'aller retour Raeren - Büllingen
était tracté par la locomotive 5541. La SNCB cherchait à se défaire de la
Vennbahn au nord de Sourbrodt. Au sud et à l'est de Weywerts, la situation
était très différente. En 1987, déjà, la DB avait remis en service la
ligne Jünkerath - Losheim. Sur la Ligne 45, on s'activait à renouveler les
traverses, etc, aux frais de la Défense Nationale qui souhaitait accéder à
Sourbrodt via Trois-Ponts.
Le
25/08/89, le train inaugural de la remise en service de la section sud de
la Vennbahn circule de Trois-Ponts à Weywerts avec la locomotive 5528 en
tête de trois voitures M2 auxquelles on avait accroché quelques wagons
chargés de véhicules militaires. Ensuite, le caboteur circulera à nouveau
de Trois-Ponts à Büllingen avec une locomotive de la série 55 de Gouvy. Le
point frontière de Losheimergraben sera également remis en service pour le
trafic militaire. Le premier train à y circuler était tracté par deux
locomotives BR 215 de la DB, le 26/09/1989. A Weywerts, le train était
repris par deux locomotives de la série 55.
C'est
aussi à cette époque que la communauté germanophone s'émut de l'abandon de
la plus belle partie de la Vennbahn. Elle se décida
à
mettre la main au portefeuille afin de faire exécuter les travaux de
renouvellement nécessaires pour pouvoir à nouveau rouler sur la ligne. Une
association chargée de l'exploitation touristique de la Vennbahn fut
créée. On acquit du matériel roulant, etc. Le 02/06/1990, jour de
l'inauguration, la locomotive 5930 ex-SNCB de l'association (en livrée
Expo 58) fut mise en route en tête de 6 voitures, suivies du train
allemand « Reingold » encadré par la locomotive BR 218148 de la DB en
livrée city-bahn et la locomotive 5541 SNCB à destination de Bütgenbach.
L’association faisait circuler son train en période estivale d'Eupen à
Bütgenbach, parfois jusqu'à Trois-Ponts. Elle organisait des trains
spéciaux pour le marché de noël de Monschau ou d'autres destinations en
Belgique, Luxembourg ou en France, notamment pour le marché aux oignons de
Givet, le 1er novembre. La ligne touristique de la Vennbahn a été visitée
par de nombreux trains spéciaux d’excursion, tant en traction vapeur que
diesel, aussi par des autorails de diverses associations belges,
allemandes et luxembourgeoises, en toutes saisons. Quel spectacle c'était
de voir circuler un de ces trains dans la neige!
L’a.s.b.l.
Vennbahn possédait au début les locomotives ex-SNCB 5923 et 5930, des
voitures K et Ml. Elle acquit ensuite deux voitures
restaurant ex-DR, la locomotive à vapeur BR 50.3666 ex-DR (qui arriva via
Montzen par ses propres moyens le 12/12/1992), la 1603 CFL, une V 180
ex-DR, un autorail Westwaggon CFL, etc. Hélas, après une dizaine d'années
d'exploitation, apparurent des difficultés financières et, suite à une
décision politique, l’exploitation touristique de la Vennbahn s’arrêta fin
2001 et la section Raeren - Sourbrodt tomba dans l’abandon.
Pendant ce
temps, à Raeren, a subsisté un peu d'animation. En effet, les transports
exceptionnels de grand gabarit ont encore circulé via le point frontière
de Raeren, jusqu'au 02/12/1991, date à laquelle les voies mariées du
tunnel de Botzelaer, sur la ligne 24, ont été mises en service. Ces trains
venaient de Stolberg avec des locomotives BR 215 ou 290 de la DB et
étaient repris par des locomotives de la série 84 puis des 55 de Montzen.
Côté sud
de la Vennbahn, le dernier caboteur a circulé le 31/05/1991 entre
Trois-Ponts et Büllingen, soit moins de deux ans après sa remise en route.
Seul subsistait le trafic des
trains
militaires. A l'automne 1996, un nouveau trafic de bois a circulé entre le
port de Schaerbeek et Büllingen via Trois-Ponts et Sourbrodt. A
Trois-Ponts, la rame de grumes était scindée en deux parties prises
successivement en charge par une paire de locomotives de la série 55 afin
de gravir les fortes rampes de 25 0/00 situées entre Malmédy et Waimes.
Les deux tranches étaient ensuite rassemblées à Sourbrodt pour être
conduites à destination.
En 2003,
suite à de nombreuses restructurations, tant du côté de B-Cargo que de
l'armée, tout trafic cessa sur la Vennbahn. Le tout dernier train de
grumes a roulé en charge le 22/11/2003 derrière les locomotives 5540 et
5515; le dernier train militaire a roulé le lendemain au départ de
Sourbrodt avec la locomotive 5531 en tête.
2004 fut
l'année des trains d’adieu. Le 07/08/2004, mise en route par le PFT, une
rame de 9 voitures K, tractée par les locomotives 5220, 5307 et 1805 CFL,
circulait de Trois-Ponts vers
Büllingen puis Sourbrodt. Le 28/08/2004, le GTF organisait un train sur le
même circuit avec l'autorail 4151. Vu la demande importante de
participation, l’autorail 4133 fit le même périple le 18/09/2004. Le tout
dernier voyage sur la Vennbahn fut organisé par le PFT le 09/10/2004 avec
l’autorail 4506 accouplé au 4403 du Stoomcentrum de Maldegem, parcourant
une dernière fois cette superbe ligne décorée des plus belles couleurs
d'automne, profitant du fait que ces deux véhicules se trouvaient en
région liégeoise. Ils avaient effectué des navettes le Week-end précédent
entre Montzen et Gemmenich à l'occasion de l'inauguration du
renouvellement du tablier du viaduc de Moresnet.
Les
derniers tronçons de la Vennbahn ont été fermés le 31/12/2004 tandis que,
du côté allemand, la voie était démontée entre Jünkerath et Losheim,
jusqu'au point frontière en automne de la même année.
Par après,
deux tronçons de ligne ont été de nouveau ouverts à la circulation des
trains. Le premier fut la partie de la Ligne 45 située
entre Trois-Ponts
et Malmédy, pour la société de construction Wust, suite à une commande de
l'entreprise Galère de radiers préfabriqués en béton destinés au viaduc de
la Galoppe à Rémersdael et à des ponts situés sur la Ligne 42. Le premier
train montant des wagons vides
à Malmédy a circulé le 25/05/2005 tracté par la locomotive 5504. Ces
trains ont roulé avec des locomotives des séries 55, 62 ou 77 de
Kinkempois. Le dernier a quitté Malmédy le 04/10/2006 avec les locomotives
7765 et 7758 en tête de vingt wagons chargés. A ce moment là, la Ligne 45a
Weywerts - Losheimergraben était en cours de démontage.
La seconde
réouverture concerne le tronçon Eupen - Raeren de la ligne 49 pour la
société Rail et Traction, entreprise de reconditionnement de matériel
ferroviaire, qui s'est établie en gare de Raeren, dans l’ancienne remise
de l’a.s.b.l. Vennbahn. Le premier parcours a circulé le 27/05/2005 pour
l'acheminement de l’autorail SM 775 dont l'équipement de freinage devait
être modifié. C'est aujourd'hui le seul tronçon subsistant de l’ensemble
des lignes de la Vennbahn. Grandeur et décadence!
Pour seule
consolation, il nous reste la faculté de parcourir une des plus belles
sections de la Vennbahn par le rail à travers la fagne en période
estivale, grâce à l'ouverture du rail-bike mis en service début juillet
2004 entre Sourbrodt et Kalterherberg.
~ Michel
HANSSENS et Jean René LEJEUNE, 03/04/2007.
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